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Le piège des primaires

Sous la Ve République, l’élection présidentielle constitue la rencontre entre un homme, ou une femme, et le peuple souverain. Or, depuis 2007, notre pays a vu l’apparition des primaires pour la désignation de certains candidats à l’élection présidentielle. Venu des Etats-Unis, ce mécanisme s’est installé dans le fonctionnement du Parti Socialiste et des Républicains avec l’apparent attribut de la modernité selon ses défenseurs. Pourtant, ces primaires ne sont pas sans conséquence pour notre système politique et elles devraient nous questionner davantage.

D’abord parce que les primaires américaines sont organisées au sein d’un État fédéral, alors que nous sommes un pays unitaire. Aux Etats-Unis, le mécanisme des primaires permet à un candidat d’être désigné, voire élu président, avec le vote d’une majorité d’états même avec une minorité de citoyens en sa faveur (George Bush élu en 2000 avec 500 000 voix de moins qu’Al Gore)! Un phénomème impensable en France, où la légitimité de l’élection présidentielle dépend du suffrage universel direct.
Ensuite parce que les Etats-Unis ont un système bipartisan très éloigné de notre pluralisme politique. Avec les primaires de la gauche et de la droite, les deux plus grands partis français vont monopoliser l’espace médiatique et inévitablement réduire l’offre démocratique. La possibilité pour les autres candidats de s’inscrire à ces primaires est un leurre qui ne fera que renforcer la bipolarisation de notre vie politique tout en se privant de la possibilité de défendre nos valeurs à l’élection présidentielle.
Enfin et surtout parce que les primaires portent en elles le germe de la division, au niveau national comme au niveau local. Comment ne pas voir les séquelles des primaires socialistes de 2011 dans les atermoiements du Gouvernement aujourd’hui ? A tel point que certains membres du PS réclament au président sortant de se soumettre à l’exercice des primaires pour 2017, un processus qui n’existe même pas aux Etats-Unis. Et ces divisions se retrouvent inévitablement au niveau local où chaque prétendant prépare ses écuries. Au final, à qui profite ces affrontements ? Une fois de plus aux extrêmes qui regardent avec gourmandise les déchirements à venir de ces primaires.

Sous les atours de l’innovation et de la modernité, les primaires dites citoyennes, républicaines ou élargies, ne sont pas le remède à la désaffection du peuple envers le monde politique. Elles pourraient au contraire continuer à creuser le fossé entre les citoyens et une offre démocratique réduite. Le progrès n’est pas toujours là où l’on croit et peut parfois révéler une régression aussi dangereuse que primaire.

Bruno Dubos
Président du Modem Lot-et-Garonne

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