Balle aux centres

L’actualité politique de la semaine aura très largement été dominée par les partis centristes, Modem et Udi. En premier lieu le Modem, avec l’annonce de Jean Lassalle de vouloir se présenter à l’élection présidentielle. Depuis 2002, notre famille politique a été représentée à trois reprises par François Bayrou. Cette déclaration du député du Béarn, si elle a semé le trouble chez certains, a plusieurs mérites. D’abord, elle pose la question du centre de gravité de notre mouvement en dehors de la personnalité du Maire de Pau. In fine, c’est aussi de l’avenir du Modem dont il est question.

Ensuite, elle offre à notre famille politique une réflexion sur notre positionnement en vue de l’élection présidentielle. Notre président a fait le choix de soutenir Alain Juppé qui participera aux primaires des Républicains en novembre prochain. Que devenons-nous en cas de défaite du Maire de Bordeaux à 5 mois de l’échéance présidentielle ? Une candidature par défaut est-elle vraiment envisageable ? Ces questions méritent d’être posées. En revanche, cette sortie médiatique enfonce clairement un coin dans la relation entre les deux élus pyrénéens. Nous ne sommes pas loin d’une version démocrate-chrétienne du duel fratricide Chirac-Balladur de 1995. Gageons que l’amitié de 30 ans qui les lie saura cette fois préserver notre famille politique de la division.

En second lieu, la semaine centriste aura pris fin dimanche avec le congrès Udi de Versailles. Les adhérents y ont largement voté pour le refus de participer à la primaire des Républicains (66%). Pourquoi ? Parce que le président du parti de droite, Nicolas Sarkozy, a refusé de négocier une plateforme commune avec l’Udi en vue des élections législatives.

Cette situation met en lumière la différence fondamentale entre l’Udi et le Modem. Car si les valeurs et les idées sont proches, il est une ligne de démarcation entre nos deux partis. L’Adn du Modem correspond à un centre indépendant, une alternative claire au clivage droite/gauche. La genèse de l’Udi est toute autre en regroupant plusieurs chapelles (Parti Radical, Alliance Centriste, Gauche Moderne, Nouveau Centre, Force Européenne Démocrate etc.) sur une stratégie simple : l’alliance automatique avec les Républicains.
Pour le Modem, cette alliance ne peut se faire qu’en fonction de valeurs et de convictions communes. Cette ligne exigeante a été très douloureuse pour notre mouvement qui a perdu beaucoup d’élus depuis 2007, il ne faut pas le nier. En revanche, nous n’avons pas eu à tourner les yeux comme d’autres lors du quinquennat de Nicolas Sarkozy et de ses discours à l’école buissonnière.

Aujourd’hui, l’Udi paie ses années à l’ombre du grand frère de droite. D’abord en terme d’image puisque les Français considèrent très largement le Modem et François Bayrou comme les représentants légitimes du centre. Ensuite, au niveau électoral, puisque sans accord avec les Républicains, comme c’est le cas actuellement, l’espace politique de l’Udi se réduit considérablement. Dépendre d’un allié plus fort que soi et avec qui les convictions ne sont pas toujours partagées, ne peut être une ligne politique viable à long terme. Il suffit de regarder ce qu’est devenu le Parti Communiste pour s’en convaincre : en acceptant d’être satellisé par le Ps après les accords Marchais-Mitterrand des années 80, le parti d’extrême gauche est devenu un confetti politique qui n’existe plus par lui-même.

En tant que membre du Modem, cette situation appelle plus que jamais à un rassemblement de tous ceux qui se retrouvent autour des valeurs humanistes qui nous animent. La voie de l’indépendance est peut-être la moins aisée, elle est certainement la plus vertueuse et elle sera porteuse de nos succès de demain. Existons pour ce que nous sommes, et pas pour ce que les autres voudraient que l’on soit, derrière eux.

Jonathan Biteau

Délégué 2e circonscription

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