Foulay
 

Le Petit Bleu du 10 août 2016: la vie après la guerre

Frédéric Voisin, militaire, est touché par un syndrome post-traumatique. Il a décidé de surpasser sa blessure psychique en se lançant dans un projet ambitieux : relier l’océan Atlantique et la mer Méditerranée en kayak. Il était hier, à la mairie de Foulayronnes, sa commune d’origine, pour expliquer son périple.

À l’extérieur, difficile de déceler chez Frédéric Voisin un quelconque mal… Pourtant, le militaire de 39 ans, actuellement en position de non-activité, est un blessé de guerre, il est atteint d’un syndrome post-traumatique, qui le hante depuis maintenant deux ans, et son retour du Mali. Lorsque Bruno Dubos, le maire de Foulayronnes, l’a convié à s’asseoir dans son bureau, Frédéric s’est instinctivement placé dos au mur, un geste inconscient qu’il réalise à chaque fois qu’il s’installe dans une pièce. Il a participé, début 2013, à l’opération Serval. Il est ensuite rentré chez lui en avril, avec des images d’une dureté absolue ancrées dans sa tête. En 2014, il a été hospitalisé à Bordeaux, rattrapé par le traumatisme.

Foulayronnais d’origine, il est retourné vivre chez ses parents, qui ont suivi au quotidien l’avancée de son traumatisme, ses moments difficiles mais aussi et surtout ses nombreux progrès.

Une furieuse envie d’agir

Aujourd’hui, l’homme a décidé de s’attaquer frontalement à son mal. Un grand projet lui est venu en tête et il est obnubilé par celui-ci depuis maintenant quelques mois. Frédéric Voisin a pour ambition de relier l’Atlantique et la Méditerranée en kayak. Il partirait ainsi de Castets-en-Dorthe, en Gironde, pour atteindre Sète, dans l’Hérault, par les voies navigables du canal du sud. «Pourquoi ? Eh bien parce que j’en avais assez des traitements médicamenteux qui me clouaient dans ma chambre. J’ai envie de tenter autre chose, j’en suis capable. Et puis, glisser sur l’eau est une activité paisible qui va me plaire», explique l’intéressé. Le voyage, entrecoupé d’étapes, où seront organisées des manifestations permettant de rassembler des représentants de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre — avec qui Frédéric est très proche — afin de récolter des dons, au profit d’associations de blessés de guerre, comme «Terre Fraternité».

Tout est déjà fin prêt, l’ensemble du matériel a été réuni et sera revendu à la fin du périple. Les bénéfices iront, eux aussi, aux mêmes associations.

Il sera loin d’être seul

Au cours de sa traversée, Frédéric Voisin pourra compter sur de nombreux soutiens. Bruno Dubos s’est montré très enthousiaste suite à la présentation du projet. «Nous mettrons à la disposition de Frédéric nos modestes moyens. C’est un magnifique projet, une aventure humaine que nous sommes obligés d’appuyer.» De plus, il pourra compter sur les associations qu’il veut aider. Les membres de «Terre Fraternité» l’attendront à Carcassonne. Le rameur entrera dans la ville avec un masque à gaz, à la demande de l’organisme. «C’est un de leur symbole, ça montre que les blessures ne sont pas toutes physiques, ce sera un moment fort». Tout au long de son périple, il pourra aussi compter sur le suivi de l’hôpital Robert Picqué, en cas de crise d’angoisse.

Retardé d’un mois par une blessure domestique, Frédéric devrait démarrer son voyage le 12 octobre prochain et mettra environ trois semaines pour arriver dans le port de Sète. Sur son bateau, le sticker de toutes les entités qui accompagneront, de près ou de loin son beau projet. S’il a pu se sentir esseulé au cours de ces deux dernières années, il ne l’est plus du tout. «Aujourd’hui, je veux continuer à me battre et à m’investir pour cette blessure car il existe des frères d’armes qui n’osent pas avouer leur mal. C’est pour cette raison que moi, Fred, atteint du syndrome de stress post-traumatique, j’ai décidé d’agir.» On lui souhaite le meilleur.

Matthieu Mountels

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